Février 2012
vol. 6 numéro 6

 

 

Lancement des festivités

Le Relais a 75 ans

par Carole Roy

Il n’a jamais connu l’ennui. Georges Delisle est un héros discret qui a sauvé d’innombrables jeunes vies. Il est également derrière le succès de nos grands athlètes au rayonnement international. Grâce à lui, Lac-Beauport a ajouté une saison à son palmarès d’excellence en sport. Après avoir été une pépinière de champions de ski, nous sommes désormais une légende du canoë-kayak. Portrait d’un citoyen engagé.

Georges Delisle a débuté sa carrière de cardiologue pédiatre en 1972 à l’hôpital Laval et deux ans plus tard, il devenait directeur du Club de canoë-kayak de Lac-Beauport (CCKLB). En plus d’être considéré comme un pionnier dans son domaine, il fut chef de service durant 21 ans au cours de ses 43 années de pratique. L’an dernier, il fut nommé, cardiologue émérite par l’association des cardiologues du Québec. La conférencière invitée pour rendre cet hommage au docteur Delisle n’était nulle autre que Caroline Brunet, triple médaillée olympique et 10 fois championne du monde en canoë-kayak(k1). Ça en dit long sur l’impact de l’homme sur son prochain.


Un peu de hasard

Alors qu’il étudiait à Toronto en pédiatrie et qu’il regardait les ouvertures pour des spécialités à Québec, sachant déjà qu’il ne voulait pas faire de pédiatrie générale, il voit une ouverture en pneumologie à l’Hôpital Laval. Il s’y rend pour rencontrer les autorités et y fait la connaissance du seul cardiologue pédiatre en poste depuis quatre ans. « Il m’a invité à souper chez lui et j’ai découvert qu’il y avait un besoin en cardiologie pédiatrique. Je suis retourné ensuite à Toronto ou j’ai orienté mes études vers la cardiologie avec John Keith qui était à cette époque un cardiologue reconnu mondialement », relatait le docteur Delisle.


Les enfants d’abord

« J’aime travailler avec les enfants. Je n’avais pas d’assez bons yeux pour aller vers la chirurgie, mais je désirais travailler auprès d’eux », soutient le bon docteur. Les enfants ne parlent pas, les bébés pleurent et c’est au médecin de trouver ce qui ne va pas. C’est très scientifique et ça demande une grande observation de tous les petits détails, les pleurs, l’expression du visage, etc. Doc Delisle va tellement loin dans son approche avec les enfants qu’il avoue n’avoir jamais porté le sarrau, car les tout-petits en ont peur. Il est bien vrai que me souvenirs d’enfance me ramènent à ces mêmes peurs pour ne pas dire terreurs.


Les petits coeurs

Lorsqu’on parle de maladies cardiaques chez l’enfant, on parle surtout de maladies congénitales. La plupart naissent avec une malformation. Certains problèmes cardiaques chez les enfants peuvent aussi survenir plus tard à la suite d’infections ou de traumatisme. À peine 1 % des nouveaux nés souffrent d’un problème cardiaque, mais cette statistique est toutefois assez importante pour occuper cinq cardiologues à Québec en plus d’un chirurgien cardiaque. La moyenne des maladies du cœur est restée la même depuis 40 ans, apprend-on de cet homme au grand cœur.
Sauve-t-on plus d’enfants qu’autrefois ?


« Le tableau a complètement changé. La chirurgie a énormément progressé et une meilleure connaissance des malformations a fait une très grosse différence. La cardiologie fœtale a aussi développé une expertise en diagnostics prénataux grâce à l’échographie fœtale qui cible exclusivement le cœur du fœtus dès la vingtième semaine de gestation. Des malformations significatives peuvent être décelées à ce stade ce qui permet d’anticiper les actions pouvant sauver davantage de jeunes vies. Par contre, certaines chirurgies plus complexes demandent des reprises à l’adolescence ou encore vers 30 ou 40 ans, mais dans la plupart des cas, une chirurgie en bas âge règle définitivement le problème », soulignait Georges Delisle.


Hérédité


Au fil des ans, le nombre de décès est passé de 30 à 12 par année environ. « Bien entendu je ne suis pas allé au salon funéraire 30 fois par année, mais j’y suis allé parfois pour parler aux parents. Ceux-ci se culpabilisent beaucoup lors des cas de malformations cardiaques en se disant que c’est de leur faute. Il y a une forme d’hérédité, une influence dont la cause n’est pas toujours connue qu’on nomme l’incidence familiale », explique-t-il. Par exemple, lorsqu’un parent a souffert de malformation cardiaque infantile, les risques pour son enfant d’être affecté à son tour passent de 1% à environ 4% et peuvent monter jusqu’à 10 % dans le cas ou les deux parents ont des antécédents reliés à des problèmes similaires.


Beaucoup de travail et un peu de regrets…

« Mes enfants ne m’ont pas vu beaucoup au début de ma pratique. Heureusement, qu’Alice, ma femme, était là pour voir à tout, c’est elle le grand cœur de la famille », confie M. Delisle. « J’étais le deuxième cardiologue en pédiatrie à exercer à Québec et on était dans le jus comme on dit. Lorsqu’un enfant arrivait bleu à l’urgence à 11 heures du soir, il fallait s’en occuper immédiatement et évaluer si une opération était requise. Si tel était le cas, l’enfant était opéré sur-le-champ. Il existe aujourd’hui des médicaments qui permettent un délai pour procéder plus sélectivement et retarder en toute sécurité une opération de 24 ou 48 heures et même davantage. »


Bravo et merci!

Désormais en préretraite depuis un an avec un horaire de 4 jours par semaine et ayant commencé à passer le flambeau de directeur du club de canoë-kayak à Denis Poulin, le docteur Delisle prévoit prendre une retraite définitive vers la fin de 2012. L’homme de 71 ans, que collègues et enfants appellent affectueusement Oncle Georges, termine en disant; « Mon plus grand défi et ma plus grande réussite professionnelle furent de développer le département, de le faire progresser et de maintenir l’excellence de notre réputation. »

 

 


Février 2012
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